Imaginer un festival ressemble parfois à la préparation d'un banquet imaginaire : on convie ses fidèles amis, dont on attend avec impatience les dernières nouvelles : Rokia Traoré, de retour "chez elle" après deux ans de tournées à travers le monde, Julien Lourau ou Steve Coleman, à la tête de formations totalement inédites ou encore l'immense Henri Texier en maître de cérémonie d'un big band résumant à lui tout seul l'histoire du jazz français de ces 20 dernières années.
Puis l'on se prend à rêver d'invités plus rares, de musiciens aussi incontournables que discrets : Jon Hassell, collaborateur de Brian Eno, Peter Gabriel ou Ry Cooder, est peut-être le trompettiste qui a le plus profondément influencé l'évolution du jazz depuis Miles Davis. Son art de l'épure, son utilisation infiniment musicale des technologies et son ouverture musicale constante ont permis la naissance d'albums qui sonnent comme autant d'actes de naissance : Earthquake Island, Fourth World, Power Spot ou Fascinoma.
À l'occasion de la sortie de son premier album en six ans, il nous offre son seul concert européen en compagnie de tous les intervenants du disque (notamment Paolo Fresu et Dhafer Youssef).
On se souvient de Prince arborant « I love Me Shell » sur sa joue pendant quelques semaines. Anecdote significative de la petite révolution que cette bassiste redoutable a provoquée dans le monde du funk et de la soul à la sortie de son premier album « Plantation Lullabies ». Si D'Angelo, Maxwell, the Roots ou Jill Scott lui ont emboité le pas, Me Shell a continué sa quête perpétuelle d'une musique mêlant sensualité et aventure. Elle nous vient aujourd'hui avec un projet à dominante instrumentale, entourée de la crème des musiciens new-yorkais.
Fred Pallem est bassiste lui aussi. En montant son big band « Le sacre du tympan », ses rêves allaient certainement plus vers Frank Zappa, Elvis Costello ou Led Zeppelin que vers Count Basie ou Duke Ellington. Mais peu importe les références, le « Sacre » est aujourd'hui le big band le plus excitant de la scène française et son répertoire de compositions de Pallem ou André Pop devrait vous faire oublier tout ce que vous pensiez savoir sur les big bands de jazz. A noter que ce concert aura lieu en clôture d'un gigantesque parcours-carte blanche aux big bands des écoles de musique d'Amiens, en partenariat avec Musicaa.
« Caroline » est le nom de code d'une bande de musiciens regroupée autour de Sarah Murcia, bassiste et compositrice remarquée chez Magic Malik, Las Ondas Marteles ou Fred Poulet. Leur musique, parue sur le remarquable et tout jeune label « Chief Inspector » est fraîche, excitante et nous fait oublier que le jazz a un siècle. Peut-être la meilleure raison de remettre le couvert...