Édito

« The Revolution will not be televised »*

« This machine kills fascists » avait écrit Woody Guthrie d’une main rageuse sur sa guitare cabossée… Si aucune chanson ne peut s’attribuer à elle seule la moindre révolution ou victoire politique, il n’existe en revanche pas d’exemple de lutte collective sans bande originale, chants, hymnes ou poèmes musicaux.

De son côté, l’acte de monter sur scène pour jouer de son instrument n’a jamais été neutre. Lorsque W.A. Mozart décide de présenter sa Flûte Enchantée dans un théâtre populaire au lieu de l’habituelle cour de l’Empereur, il bouleverse l’ordre établi quelques années avant 1789. Caetano et Gilberto Gil composant du fond de leur prison brésilienne, Albert Ayler déchirant le Summertime de Gershwin ou Richie Havens improvisant un « Freedom » incandescent en ouverture de Woodstock, trois instantanés au hasard, trois moments majeurs dans l’histoire de la musique comme dans l’Histoire tout court.

Depuis près de 30 ans, le festival Musiques de Jazz et d’Ailleurs fait entendre sa voix dans le paysage musical. Une voix alternative, privilégiant systématiquement le vertige du risque au divertissement rassurant. Cette machine ne tuera personne, bien au contraire. Nous avons juste un rêve…

 

* titre d’un poème/slam de Gil Scott Heron

Pierre Walfisz, directeur artistique du Festival

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